Les noms des 5 consciences sensorielles correspondent aux cinq sens.
6) le 6ème sens est le mano vijnana : C'est l'équivalent du sens commun et à l'intellect de la philosophie occidentale : discernement et compréhension de ce qui est perçu.
7) le 7ème sens, manas, est parfois confondu avec le mano vijnana : il s'agit de la « conscience de soi", l'illusion d'un « moi immortel », et surtout l'attachement au « je ». Quand les chevaliers l'atteignent, ils acquièrent une puissance divine, ce qui correspond à l'illusion de l'immortalité.
8) le 8ème sens apparaît pour expliquer le phénomène suivant : toute chose est causée par une chose immédiatement antérieure : il n'y a pas de continuité temporelle, le monde est comme un jeu de dominos géants.
La conscience ne fait pas exception. Or les adeptes du yoga atteignaient parfois un état dit « nirodha-samapatti » (ajustement consistant en cessation) qui suppose à éteindre toute sensibilité et toute conscience. Or au réveil, alors que le flux (samtana) avait été interrompu, les consciences reprenaient : il fallait donc quelque chose en dessous qui subsiste, et ce quelque chose était « l'alya vijnana ». Cette notion a donné lieu à beaucoup d'interprétations et de disputes au sein du bouddhisme : le bouddhisme, instantanéiste et athée réintroduisait-il un absolu divin ? N'entrons pas dans ces considérations, à la rigueur je mettrai en ligne un de ces jours l'étude que mon copain a fait à ce sujet ; Retenons que cette alaya vijnana (« l'arayashiki » en japonais) de Saint Seiya, a été appelée « alaya » car elle contient toutes les expériences passées, comme un vase contenant des graines qui doivent pousser dès que les circonstances le permettent. Une autre tradition veut qu'il s'agisse d'un jeu de mot sur le mot sanskrit « pra-laya », la grande résorption cosmique qui marquera la fin de notre univers pour permettre l'apparition d'un nouveau.
Très rapidement les penseurs bouddhistes, surtout à partir d'Asanga, ont tiré les conséquences de l'introduction de cette connaissance en germe. En fait si cette conscience est composée de germes de connaissances, alors toutes les choses existent dans cette "vijnana" et non dans le monde extérieur : Pur idéalisme permettant d'affirmer que le monde extérieur est pure illusion.
Dans Saint Seiya le thème de l'illusion est omniprésent : Kasa des Lyumnades, Ikki du Ph½nix ou encore Saga des Gémeaux font apparaître comme réel à leurs adversaires ce que ceux-ci possèdent au fond de leur âme.
Le parallèle est d'autant plus fort que la théorie de l'alaya vijnana est dominée par la notion de « karman » (voir aussi la récurrence du thème du destin et de la nécessité dans Saint Seiya) : tout acte une fois posé appelle une rétribution dans cette vie ou une autre : Tout ce qui nous arrive est déterminé par ce qu'on a fait. Avec l'alaya vijnana, le karman revêt une nouvelle dimension : Tout ce qu'on perçoit trouve ses racines non dans le monde, mais dans ce qu'on a fait. Bel écho dans l'attaque de l'illusion du Ph½nix. D'ailleurs Ikki est peut-être « mahakala », que l'on peut interpréter comme le visage terrifiant des dieux ou des bodhisattva, qui emplit de terreur ceux qui ne sont pas parvenus à se détacher de l'avidya, l'illusion cosmique. En Ikki se concentrent toutes les visions terrifiantes qui précèdent une nouvelle réincarnation dans le Bardo.
Pourquoi tous les êtres qui sont sur un même plan, dans un même monde, perçoivent-ils la même chose ?
Puisque le « manas » (attachement au soi) est illusion, il était logique de penser que l'alaya vijnana ne pouvait être que collective ; à moins de considérer, comme Asanga, que les perceptions semblables correspondaient à des rétributions communes. Mais elle est prisonnière de l'attachement lié au manas. Elle doit s'en libérer pour cesser d'emmagasiner les germes de l'illusion (connaissances) et de la souffrance, pour ne retenir que les germes de l'éveil. Cette libération de l'illusion du soi est permise par les germes purs, qui déterminent une lignée « gotra » ; certains êtres ou tous, suivant certaines écoles, sont prédestinés par leur appartenance à une lignée d'éveillés, sans avoir posé d'acte pour y parvenir, car tout acte est contraire à l'éveil (de même que nos chevaliers sont prédestinés à telle ou telle armure). Mais à ces lignées s'est substituée peu à peu la notion de « tathagata garbha », l'embryon de bouddha : ce dernier et l'alaya vijnana sont la même chose, mais l'alaya doit se libérer du manas pour reconnaître cette identité, lors d'un retournement d'elle-même qui permettra de faire se tarir le flux karmique du samsara. Cette révolution d'elle-même, « l'asraya paravritti », correspond à l'éveil au huitième sens dans Saint Seiya, et dans la plupart des écoles issues de l'idéalisme, cette ashrya paravritti est ce qui permet d'atteindre l'état de bouddha. On comprend pourquoi les 3 chevaliers de bronze, Shun, Hyoga et Shiryu l'atteignent si facilement : ils n'ont plus de conscience individuelle (manas) mais n'existent que par et pour le groupe ; ils dépassent donc le manas : le fait de le dépasser pour atteindre le huitième sens ne pose aucun problème ; Tandis que pour Athéna et Seiya, le dépassement du soi est manifesté par l'indifférence à la vie au profit de la survie du monde ou de la déesse. Ikki, quant à lui, a déjà atteint le huitième sens car il a pu échapper à la mort plusieurs fois, comprenant en quoi elle n'est guère plus que les illusions qu'il crée - d'où son omniscience - car il a dépassé la simple conscience individuelle : cela explique pourquoi il semble connaître tous les évènements. Shaka pose plus de problème : on le désigne comme la réincarnation du bouddha. Hélas, je ne sais pas quel mot est utilisé en japonais, car le bouddha est par principe celui qui n'a plus à se réincarner. Heureusement, il existe une notion importante, celle des trois corps (« trikaya ») du bouddha : Corps de dharma, de rétribution, et de manifestation (nirmanakaya) du bouddha : les deux premiers correspondent à l'identité entre le bouddha et la loi bouddhiste, le troisième est celui qui nous intéresse. Le Bouddha peu prendre l'apparence d'un corps, créant l'identité entre soi et non-soi, pour aider les bodhisattva (par exemple Shun Maitreya), Shaka est à la fois présent et non-présent, il est une manifestation du bouddha, ce qui explique pourquoi il semble avoir disparu au moment de « l'Athéna Exclamation », c'est parce que sous un certain mode, son corps n'a jamais été là.
Le 9ème sens est appelé « amala vijnana ». Plus tardif, création de l'école chinoise du Mahayana-Samgraha, donc il est possible que Kurumada (l'auteur de Saint Seiya) ait préféré ne pas en tenir compte, mais je propose une autre hypothèse ; si l'amala vijnana permet d'atteindre un absolu ultime, il n'en existe qu'un seul exemple : Seiya. Le chevalier Pégase celui qui tue Hadès (la mort) offrant un salut ultime à l'humanité. De même, il a la réminiscence de ses vies antérieures, privilèges des bouddhas. De même, en tuant un dieu il devient un dieu ; et plutôt que d'accomplir un sacrifice, il a plutôt gagné la forme ultime de l'immortalité en se confondant avec « ce monde merveilleux inondé de lumière ».
En savoir plus :
http://www.ma-deesse.com/forum/viewtopic.php?t=7267Lire aussi mon article :
Saint Seiya : mieux comprendre les personnages de Shaka de la Vierge et de Shun d'Andromède Merci à mon copain !